Le château des Carpathes eût valu la peine d’être visité par les touristes et les antiquaires.
Sa situation, à la crête du plateau d’Orgall, est exceptionnellement belle.
De la plate-forme supérieure du donjon, la vue s’étend jusqu’à l’extrême limite des montagnes.
En arrière ondule la haute chaîne, si capricieusement ramifiée, qui marque la frontière de la Valachie.
Le château des Carpathes date du XIIe ou du XIIIe siècle.
En ce temps-là, sous la domination des chefs ou voïvodes, monastères, églises, palais, châteaux, se fortifiaient avec autant de soin que les bourgades ou les villages.
Seigneurs et paysans avaient à se garantir contre des agressions de toutes sortes.
Cet état de choses explique pourquoi l’antique courtine du burg, ses bastions et son donjon lui donnent l’aspect d’une construction féodale, prête à la défensive.
Quel architecte l’a édifié sur ce plateau, à cette hauteur ? On l’ignore, et cet audacieux artiste est inconnu, à moins que ce soit le roumain Manoli, si glorieusement chanté dans les légendes valaques, et qui bâtit à Curté d’Argis le célèbre château de Rodolphe le Noir.
Qu’il y ait des doutes sur l’architecte, il n’y en a aucun sur la famille qui possédait ce burg.
Les barons de Gortz étaient seigneurs du pays depuis un temps immémorial.
Ils furent mêlés à toutes ces guerres qui ensanglantèrent les provinces transylvaines ; ils luttèrent contre les Hongrois, les Saxons, les Szeklers ; leur nom figure dans les « cantices », les « doïnes », où se perpétue le souvenir de ces désastreuses périodes
ils avaient pour devise le fameux proverbe valaque : Da pe maorte, « donne jusqu’à la mort ! » et ils donnèrent, ils répandirent leur sang pour la cause de l’indépendance
ce sang qui leur venait des Roumains, leurs ancêtres.
Extrait de « Le Château des Carpathes » de Jules Verne
suis monté.
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